Travailler au Brésil, l'expérience d'un expatrié qui n'a pas voulu revenir en France
Jean Gautier, originaire de la Bretagne, est arrivé au Brésil en 1970 dans le cadre d’une mission de 6 mois. Trente ans après, ignorant le mot “retraite”, il se lance à son compte à São Paulo, en rachetant un pressing dans le quartier de Moema
.
Une carrière dans les produits laitiers
En 1970 Jean, envoyé par Danone, débarque à São Paulo pour prendre immédiatement la route vers le Minas Gerais, à Poços de Caldas, une jolie station thermale à 1300 mètres d’altitude.
C’est déjà la région qui produit le plus de lait (et de café) au Brésil. Il est détaché auprès de la Coopérative Laticinios Poços de Caldas dans laquelle Danone détient des parts.
Le Brésil est le premier pays, en dehors de l’Europe, où Danone lance sa marque de produits laitiers. En 1972, la première usine est inaugurée à São Paulo où Jean s’installe.
Fin des années 90, alors qu’on lui propose la pré-retraite à 55 ans, Jean préfère continuer à travailler. Il rejoint la Coopérative Laitière de São Paulo, une société 100% brésilienne. Il y travaille comme consultant pour s’occuper du développement et de l’assurance qualité.
Au Brésil la loi autorise les retraités à exercer une activité professionnelle tout en touchant leur retraite, qui n’est en général pas très élevée.
Qui se poursuit dans le secteur des services
En 2007, alors que son contrat se termine, Jean commence à réfléchir à un nouveau projet professionnel. Cette réflexion ne durera que quatre mois. Au cours d’une promenade en ville, Jean remarque l’enseigne “5 à sec”.
A partir de ce moment tout se déroule très vite. Il consulte le site internet de la société dont le siège Brésil se trouve à Alphaville, prend contact, rencontre les dirigeants trois jours plus tard. Avec l’assistance des services du siège, un bon relais avec les prédécesseurs, l’achat de la franchise est conclu.
Si l’obtention du CNPJ n’a pris que trois mois, les procédures d’approbation pour les licences de fonctionnement ont été plus longues. “Tout est très bureaucratisé et long. il faut être patient. Le plus important est de s’entourer des services d’un bon expert comptable et d’un avocat” explique Jean.
Les problèmes de main-d’oeuvre
Après avoir travaillé dans l’alimentaire, Jean découvre le secteur du service. “La difficulté vient du métier lui-même. Le vêtement est comme une seconde peau et nécessite une très grande attention. Les brésiliens sont très exigeants sur la qualité et il faut être d’autant plus vigilant que le personnel n’a pas de qualifications.”
Mais le principal handicap réside dans le manque de formation de la main-d’oeuvre et, depuis quelque temps, dans la pénurie de celle-ci pour le travail du repassage.
"C'est un travail pénible et les salaires sont peu élevés, explique Jean. Aujourd’hui les gens touchent environ six mois de salaire lorsqu’ils sont au chômage. Durant cette pèriode ils travaillent à la journée, souvent sans être déclarés, ce qui leur assure un revenu plus intéressant que s’ils avaient un emploi fixe.”
Le pressing de Jean fait en moyenne deux cents pièces par jour, soit cinq mille pièces par mois. Le prix d’une pièce est en moyenne de 11 reais (4,85€) .
Il emploie six personnes au salaire moyen mensuel de 900 reais (397€)*
Pour une micro-entreprise, le taux de l’imposition est calculé sur le chiffre d’affaires. Il est de l’ordre de 12%.
Les charges salariales représentent 70% du salaire mais peuvent atteindre 105% si l’on ajoute la retraite, l’indemnité repas et le transport.
Pas de retour en France
A une certaine pèriode de sa vie Jean s’est posé la question d’un retour en France. “C’est la famille qui manque le plus. Mais après le décès de mes parents j’ai compris que ma vie était au Brésil, près de la famille de ma femme qui est du Minas Gerais”.
Jean a deux filles de 30 et 32 ans qui ont fait leurs études au Lycée Pasteur. Elles ont la double nationalité, exercent chacune un métier, l’une dans une société de production de films et l’autre comme photographe free-lance.
Quels sont les projets d’avenir pour cet homme qui ignore le mot vacances?
Il se donne cinq ans pour voir comment les affaires tournent. “Si l’une de mes filles est intéressée, elle peut reprendre l’affaire. Sinon je peux toujours revendre ma franchise et passer à autre chose".
Ce qui est sûr c'est que Jean n'est pas prêt de prendre sa retraite !
* Le salaire minimum est de 510 reais, 225 € - source Portail Brasil
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