Pluies meurtrières de Rio, le scénario catastrophe peut-il recommencer ?

Un an après la catastrophe naturelle qui a fait 1000 morts dans la Région Serrana de Rio de Janeiro, les pluies d'été sont de retour. Elles ont déjà provoqué des inondations et éboulements de terrain faisant plusieurs dizaines de victimes dans le Minas Gerais et l'Etat de Rio. Le gouvernement réagit en prenant des mesures, mais seront-elles suffisantes ?

Equipe à la recherche des corps ensevelis à Sapucaia. Photo @jornal do Brasil
Equipe à la recherche des corps ensevelis à Sapucaia. Photo @jornal do Brasil

L'état d'urgence est déclaré dans les Etats du Minas Gerais, de Rio de Janeiro et de Espiroto Santo

Selon les chiffres de la Défense Civile, 167 villes sont en alerte rouge et une dizaine en alerte maximale. Plus de deux millions de personnes sont victimes des fortes pluies d'été qui ont provoqué le débordement des rivières, des inondations, des éboulements de terrain ainsi que la destruction de plusieurs centaines de ponts.

Dans l'Etat du Minas Gerais, où l'alerte rouge a été déclenchée, en 6 jours seulement, il est tombé, à Belo Horizonte, l'équivalent de 77% d'eau espéré sur le mois de janvier. 15 personnes sont mortes, 3 sont portées disparues, 12.875 personnes ont été délogées et 1.240 sont sans abri après la destruction de leur maison (source Estadão).

L'Etat de Rio n'est pas non plus épargné. Un an après les tragédies de Nova Friburgo et Teresopolis, les autorités sont sur le qui-vive. Hier, dans la région de Sapucaia, un glissement de terrain a provoqué la mort de 14 personnes, dont 3 enfants. 13.954 personnes sont sans-abri ou délogées.

Pourquoi les tragédies se répètent-elles chaque année ?

Les pluies ne sont pas un phénomène exceptionnel au Brésil en cette période de l"année. Mais face à l'urbanisation grandissante dans les régions à risques (11,4 millions de Brésiliens vivent dans les favelas), et à une pluviométrie au-dessus de la moyenne ces trois dernières années, les conséquences, de plus en plus graves sont devenues un problème politique.

En Janvier dernier, à peine élue, la présidente Dilma Rousseff a du affronter sa première catastrophe naturelle. Elle avait fait part, en se rendant à à Nova Fribourg le 14 janvier 2011, de sa préoccupation face à l'urbanisation dans les zones à risques qui "relève, au Brésil, davantage de la règle que de l'exception. La reconstruction devra passer par la prévention". Un an plus tard qu'en est-il ?

Mauvaise utilisation de l'argent public, faille dans les investissements concernant les mesures de prévention, absence de politique de contrôle de l'occupation irrégulière des sols, inefficacité des infrastructures, le magazine Veja, dans son édition du 10 avril, dresse un bilan sévère.

"Un an est passé (après la tragédie de Rio) et la promesse (de Dilma) s'est perdue dans les méandres de la bureaucratie et dans l'utilisation politique des recettes publiques qui devaient être affectées aux régions à plus fort risque", écrit Cida Alves, journaliste à Veja. Sur les 56 villes considérées à risque, "aucun centime, sur les 173 millions de réais (75 millions d'euros) débloqués pour le Programme de Prévention et de Préparation pour les Désastres n'a été dépensé dans ces localités" poursuit Cida Alves.

178.000 personnes vivent encore dans des régions à haut risque dans 28 municipalités brésiliennes (source Service Géologique du Brésil - CPRM). Les Etats d'Espirito Santo, Rio de Janeiro, Minas Gerais, Parana, Santa Catarina et Rio Grande do Sul sont les plus touchés.

Face à l'absence de planification, de projets de prévention et de personnel qualifié, seulement 695 millions de réais (301 millions d'euros) auraient été alloués, entre 2004 et 2011 au plan de Prévention, contre 5,8 milliards de reais (2,5 milliards d'euros) pour la reconstruction.

"Quand il arrive une tragédie, nous tentons avant tout de reconstruire. Dans 90% des cas, nous envoyons des projets au gouvernement fédéral qui met des mois pour libérer un budget. Imaginez ce que ce serait pour la prévention", explique le président de la Confédération Nationale des Municipalités, Paulo Ziulokski dans Veja.

Pluies : le défi de la politique de prévention pour la présidente Dilma Rousseff

Après une réunion d'urgence, le 8 janvier dernier, en présence de 5 ministres (le Chef de la casa Civile, le ministre des Transports, le ministre de la Santé et le ministre des sciences et de l'Innovation) le gouvernement a décidé de créer une "Force Spéciale Nationale" formée de géologues du Service Géologique du Brésil et d'hydrologues de l'Agence Nationale des Eaux (ANA).

Cette unité spéciale, composée de 50 spécialistes, a pour objectif de se rendre dans les zones à risques afin "d'identifier, d'analyser et d'informer la Défense Civile des riques imminents de désastre" a indiqué le ministre des Sciences et de la Technologie dans le quotidien l'Estadão. A la demande de la présidente, trois centres opérationnels vont être installés, jusqu'en mars, dans les trois états les plus touchés, Rio, le Minas Gerais et Espirito Santo.

"La présidente a recommandé que ces centres soient opérationnels jusqu'à fin mars, pas seulement pour appuyer les actions sur le terrain, en partenariat avec les organes de la défense civile et les municipalités, mais également afin que nous puissions identifier des actions de moyen et long terme dans le cadre d'une politique d'investissement dans les zones de reconstruction et de prévention" a annoncé le ministre de l'Intégration Nationale, Fernando Bezerra (source Jornal Agora MS).

Dans le cadre du Plan d'Accélération de la Croissance 2 (PAC) la présidente Dilma Rousseff a autorisé un investissement de 11 milliards de réais (4,8 milliards d'euros) pour des actions de drainage, de protection des collines et de renfort des coteaux. La sélection des projets serait toujours à l'étude au Ministère des Villes.

Il n'en reste pas moins qu'après l'électrochoc provoqué par la plus grande tragédie qu'ait vécu le Brésil en janvier 2011, la mobilisation du gouvernement est aujourd'hui plus forte et, pour le ministre de la Casa Civile, Gleisi Hoffmann "éviter de nouveaux morts est devenue la priorité numéro un du gouvernement".

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