Expatriation au masculin : Prof de gym, il se reconvertit dans l’immobilier au Brésil

Le profil des expatriés a évolué depuis ces dernières années quand c’est elle qui décroche le contrat d’expatriation et qu’il décide de la suivre. Nous commençons une série de portraits avec Philippe Goulpie, professeur de gymnastique reconverti dans l’immobilier.

Philippe et ses deux enfants en vacances au Brésil
Philippe et ses deux enfants en vacances au Brésil

À 40 ans, la vie de Philippe Goulpié, a changé. Professeur d’éducation physique depuis 15 ans, il a dû mettre une parenthèse à sa vie professionnelle lorsque sa femme a été mutée à São Paulo pour le compte d’une grande entreprise française, en 2010.

ALB : Comment avez-vous fermé la parenthèse de cette vie?

Philippe Goulpie : Sur le plan professionnel cela a été facile, en 15 ans j’avais fait le tour (formation du second degré à la formation d’enseignants et préparations aux concours) et le manque d’adaptabilité et d’évolution au sein de l’éducation nationale ne me convenaient pas, c’était un choix facile à faire.

Sur le plan personnel ça a été plus dur car j’ai laissé mes deux enfants, Lisa, Jules 5 et 7 ans, d’un premier mariage en France (dont j’avais la garde). Certes on se voit tous les 2 mois environ, mais cela a changé ma vie.
Après avoir vendu ma maison, nous nous lançons dans une nouvelle vie.

ALB : Comment vote départ a-t-il été perçu par votre entourage, les proches, vos collègues de travail ?

Il a été bien perçu dans mon environnement professionnel. Les remarques venaient plutôt de ma famille qui m’ont fait sentir qu’en partant « j’abandonnais » mes enfants.

ALB : Qu’est ce qui a fait pencher la balance pour le départ ?

P.G : Au delà du désir de suivre ma femme bien sûr et de ne pas l'empêcher de suivre son évolution professionnelle, c'était aussi l’impression de tourner en rond, l’envie de voyager et de faire découvrir une autre culture à mes enfants. Même s’ils ne vivent pas avec nous, ils viennent deux fois par an à Sao Paulo.

Je suis parti avec le visa de travail. C’était aussi une condition pour accompagner ma femme au Brésil. C’est sa société qui a effectué les démarches nécessaires.
Je ne voulais pas me retrouver "le bec dans l’eau", j’ai toujours été dynamique et il fallait que je puisse travailler et m’épanouir un minimum.

ALB : Vos premières impressions à votre arrivée ?

P.G : Je viens d’un milieu plutôt rural où la notion de ville n’est pas la même, mais je savais à quoi m’attendre à São Paulo. Et puis je n’ai pas eu le temps de rêvasser… dès les premiers jours j’avais pour mission de trouver un logement, ce qui n’a pas été si facile et nous a pris presque 4 mois.

Ce qui m’a le plus frappé, ce sont les embouteillages monstrueux de cette ville. Jusqu'à six heures pour faire une dizaine de kilomètres (ça arrive)… je n’avais jamais connu cela.

ALB : Avez-vous trouvé un emploi dans votre secteur ?

P.G : Bien que j’aie un métier, je ne souhaitais pas rester dans le domaine du sport, l'idée de coach sportif par exemple ne me disait rien.

Ce métier n’est pas bien reconnu dans la société au Brésil et il est mal rémunéré. Si j’avais voulu gagner correctement ma vie en qualité de coach sportif, il aurait fallu que je me fasse engager dans un gros club de sport, ou que je fasse du coaching personnalisé à domicile, qui est très répandu ici dans la classe supérieure, qui peut rapporter entre 100/150 R$ de l’heure, voire plus.

Mais compte tenu des distances, j’aurais été obligé de passer beaucoup de temps sur les routes pour aller vers les quartiers huppés et au final ça n’aurait pas été très rentable.

En réalité, je n’aspirais pas à rester dans ce domaine, qui est assez éloigné du rapport éducatif que l’on peut avoir des élèves de collège/Lycée ou des étudiants.

ALB : Donc comment vous êtes-vous réorienté sur le plan professionnel ?

P.G : Je suis parti d’une constatation directement liée à mon expérience au Brésil : il est difficile à des expatriés de trouver un bien en location à São Paulo qui soit au goût Européen.

Partant de ce fait, je me suis orienté vers le secteur immobilier. J’ai contacté les grandes agences immobilières de la région et contre toute attente car je m’attendais à plus d’obstacles, j’ai été bien reçu.

L’agence immobilière Coelho da Fonseca a trouvé mon profil intéressant car étant un expatrié français, j’allais pouvoir démarcher pour eux auprès de cette communauté.

J’ai donc commencé à travailler pour Coelho avant que Century 21 Premier ne vienne me débaucher. Ils cherchaient un courtier pour développer un produit d'investissement à priori plutôt dirigé vers les expatriés ou investisseurs étrangers (les Brésiliens étant concernés également).

ALB : Comment percevez-vous le secteur de l’immobilier ?

P.G : La conjoncture est plus difficile depuis 2 ans. L’activité a ralenti, les sociétés investissent moins dans l’immobilier et les Français sont plutôt frileux pour investir au Brésil, en particulier à São Paulo car ils préfèrent Rio de Janeiro.

ALB : Quelles difficultés avez-vous rencontré ?

P.G : J’ai dû passé un examen pour devenir « agent immobilier » qui s’avère peu utile car j’ai découvert par la suite que l’on peut travailler sans ! Cela a été un investissement en temps et en argent pour un résultat peu palpable.

Dans ce métier et plus particulièrement au Brésil, il faut persévérer pour réussir et cela est valable dans tous les domaines ici : Il faut du temps, de la patience, des contacts… et cela peut amener …de la chance! La persévérance semble être un maître mot au Brésil !

La volatilité des clients, la concurrence féroce sont autant d’obstacles que j’ai appris à surmonter au fur et à mesure des échecs.

Je ne compte pas mes heures où je rappelle plus de 20 fois les mêmes personnes. Les Brésiliens sont ouverts et ne disent jamais non, mais cela ne veut pas dire oui.

Pour faire passer une idée neuve, un projet, c’est un travail de longue halène parfois déroutant pour notre esprit rationnel français.

ALB : Jusqu’à maintenant, quels sont les points positifs de cette expatriation?

P.G : Les Brésiliens sont sympas, gentils, ils t’ouvrent leur cœur. Le pays dans son ensemble est bien, la nature est exubérante. Mais Sao Paulo est une ville difficile à vivre.

ALB : Les points négatifs ?

P.G : La lenteur de réaction pour tout ce qui concerne les services. Ici Le temps n’a pas d’importance, il faut apprendre à faire avec ! C’est un enseignement qui peut s’avérer utile pour la suite… donc finalement ce n’est peut être pas si négatif…

ALB : Comment se sent-on dans la peau d'un conjoint homme expatrié ?

P.G : Le moins évident serait de ne pas pouvoir travailler ou du moins de ne pas avoir les coudées franches pour le faire. Le fait d’être « nourri » par ma femme ne me gène pas tant que ça, même s’il reste vrai que je préfèrerais que ce soit l’inverse.

ALB : Si c’était à refaire ?

P.G : Je ne sais pas ! Je suis venu avec l’espoir de trouver une activité professionnelle qui soit bénéfique, à la fois d’un point de vue de mon évolution personnelle et professionnelle mais aussi matérielle. L’objectif étant de compenser à la fois le fait d’avoir dû laisser mes enfants mais aussi les pertes sèches liées à mon départ de France (arrêt de ma profession, vente de maison, voyage,…).

Je savais que ce n’était pas simple, que c’était un coup de poker et pour l’instant je n’ai pas encore gagné la mise !

Aujourd’hui, ayant conscience des réelles difficultés pour s’installer et réussir quand on est une « personne physique » je ne sais pas si je ferais la même chose. Je sais que je passe à côté de quelque chose au regard de mes enfants qui grandissent tous les jours alors que je suis loin. Je reste conscient que c’est une grande expérience et qu’elle m’amènera du positif, mais à vivre au jour le jour ce n’est pas toujours facile.

Presque 2 ans après je n’ai pas encore vraiment obtenu les compensations espérées, je gage donc qu’elles arriveront dans l’avenir plus ou moins proche. Je ne m’arrête donc pas là et je fais en sorte de commencer à prévoir la suite.

ALB : Quels conseils donneriez-vous aux futurs conjoints d’expat ?

P.G : Ne pas partir sans un projet bien établi. Et surtout ne pas penser que le Brésil est simple d’accès. Il faut cravacher quand on part de rien et être « persévérant ».

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