Entreprendre au Brésil, l'expérience d'un expatrié qui a fait le choix de rester
Pendant près de 20 ans, Alain Launay a effectué plusieurs missions au Brésil avant de proposer à sa direction de l'expatrier. En 2008, quand l'entreprise décide de fermer ses activités, Alain préfèrera démissionner plutôt que de rentrer en France, pour créer, à São José dos Campos, une société de consultance technique en ingénierie.
Pourquoi avez-vous décidé de rester au Brésil pour y créer votre propre activité ?
Dans mon précédent emploi, je réalisais des assistances techniques pour les pays qui veulent se doter de moyens d’essais au sol de satellites et de fusées, dont le Brésil depuis 1988. Lorsque mon entreprise m'a demandé de choisir j'avais, depuis une dizaine d’années, envie de devenir mon propre patron pour les activités similaires à celles réalisées pour mon précédent employeur.
Je faisais déjà toutes les tâches depuis la prospection, la partie contractuelle et les négociations, la partie technique et la finalisation des projets. J'avais vécu la réalité "visible" du Brésil, j’avais déjà un réseau de contacts, des projets en cours, la confiance de mes clients, et des perspectives pour le futur.
En quoi consiste l'activité de votre société, Alcma, basée à São José dos Campos ?
Il s'agit principalement de consultance technique en ingénierie, en particulier aider les pays qui veulent entrer dans le domaine spatial, à implanter des laboratoires d’essai au sol de satellites, de fusées, d’infrastructures pour les bases de lancement.
Le travail est basé essentiellement sur l’expérience, la connaissance de l’ingénierie et le savoir-faire à l’international. J’emploie des spécialistes en sous-traitance, en particulier des français seniors.
Au niveau des clients je tourne avec actuellement un nombre de 9 dont seulement 2 au Brésil.
Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?
Il y a d'abord l'aspect administratif et bureaucratique.
Pour ouvrir une entreprise au Brésil il faut connaître les rouages administratifs. En tant qu’étranger, il faut avoir un associé brésilien. Pour pouvoir travailler il faut le visa permanent (le RNE), une procédure longue pour laquelle il faut s'armer de patience.
Il faut aussi définir exactement l'activité de la société : services, représentation, fourniture de produits, importation, .. et les règles qui sont jointes. Après il sera beaucoup plus difficile de changer.
Les formalités administratives sont complexes ; on n'imagine pas tout ce qu’il est nécessaire de fournir aux divers organismes tels que Recette Fédérale, INSS, …
Pour pouvoir postuler sur des appels d’offre de l’état ou de la fédération vous devez vous inscrire sur certains sites avec documentation à l’appui (SICAF, Système d'Enregistrement des Fournisseurs, par exemple).
En tant qu’ingénieur, comme pour d’autres professions (architecte, dentiste , médecin, vétérinaire, avocat,..) il est préférable de s’inscrire à l’ordre de la profession. Inconvénient pour des cas similaires au mien, il n’existe pas d’équivalence de diplôme d’ingénieur entre la France et le Brésil, et il faut chercher une université qui accepte de fournir cette équivalence. J'ai personnellement décidé de ne pas entrer dans cette aventure !
La bureaucratie est très lourde au Brésil. Pour chaque acte ou dossier à instruire, il faut s’armer de patience car vous allez affronter un parcours du combattant. Premièrement il faut connaître le « cartorio » le plus proche car vous allez y passer du temps. S’y inscrire et déposer votre signature. Chaque papier devra être certifié conforme, et chaque document signé de votre part devra être approuvé par cette officine : photocopies, tampons, timbres, signature du professionnel et évidemment vous payez.
Lorsque vous cherchez une liste de documents à fournir pour une demande quelconque et vous avez le plaisir de la trouver sur internet, ne vous réjouissez pas trop vite !!! Vous allez à l’endroit indiqué et le fonctionnaire va vous donner une autre liste, car celle d’internet est déjà obsolète !
Il faut ensuite savoir bien s'entourer.
A commencer par un bon comptable, indispensable, c'est-à-dire quelqu’un qui s’informe continuellement (les règles changent tous les jours), qui connaît tous les documents à fournir, qui va à la recherche de renseignements pour votre dossier et qui soit intègre.
Par exemple, mon premier comptable ne savait pas que les services fournis à l’extérieur du Brésil sont exemptés de deux impôts (PIS et COFINS). J'ai donc payé ces taxes. Mon nouveau comptable a fait le nécessaire pour recouvrer ces sommes, que je n'ai récupérées qu'en partie !
Sans oublier le banquier. Il faut trouver une bonne banque et surtout une bonne agence, ce qui n’est pas évident. Dans mon cas j’ai à traiter beaucoup de changes, payer mes « fournisseurs » français ou autres et recevoir mes facturations de l’étranger. Les règles ne sont pas claires et trouver un banquier qui connaisse toutes les règles n'est pas facile.
Vous savez quand vous rentrez dans l’agence bancaire, vous ne savez jamais quand vous allez en ressortir. « Um minutinho » (une minute) qui se transforme en heures rapidement. Et souvent vous ressortez bredouille !
Enfin il y a l'aspect culturel.
Les Brésiliens ne savent pas dire NON. Ceci amène à une perte de temps, de qualité et de productivité et pour un commercial c’est difficile à vivre. Entre le OUI sûr, le OUI peut- être et le OUI-NON il faut déjà faire preuve d’expérience.
Les Brésiliens ont du mal à planifier et le fameux « a semana que vem » (la semaine prochaine) veut dire un futur plus ou moins proche ! Dans la vie de tous les jours vous pouvez l'expérimenter. Tous les services clientèle vous diront qu’ils vous rappellent mais il vous faudra attendre bien longtemps avant d’avoir un retour, si vous en avez un.
Mais au-delà de ça, les Brésiliens sont très accueillants et sympathiques et ont un contact très facile.
Pourquoi avez-vous choisi le Brésil alors que vous avez sillonné le monde ?
Après avoir visité de nombreux pays au monde, je pensais et je pense toujours que le Brésil est le pays le plus proche de la culture française. Pays latin, charmant, on dit souvent qu’un étranger (surtout d’Europe) qui vient au Brésil est vite "contaminé" et ce virus est très virulent.
Comment vit-on à São José dos Campos
Ville de quelques 700.000 habitants, c’est encore un endroit où la qualité de vie existe, où les transports n’affectent pas trop le quotidien.
En forte expansion depuis de nombreuses années, très bien située entre São Paulo et Rio, proche de la côte nord et des plages, São José dos Campos profite de son aura de High-Tech, de capitale de la vallée des sciences et de la technologie.
São José dos Campos a un niveau de vie relativement aisé. Avec le secteur aérospatiale, entre autres, il y a des entreprises françaises autour d’Embraer en particulier.
Quels conseils donneriez-vous à une personne qui décide de venir créer une société au Brésil ?
Premièrement, être déjà implanté au Brésil, ce qui évitera les problèmes de visa temporaire ou permanent. Egalement la langue ne sera plus un obstacle et vous serez conscient des avantages et des contraintes du pays.
Deuxièmement ne pas vouloir tout en peu de temps. La patience est indispensable. Il faut savoir investir son temps et son argent pour avoir un retour à moyen terme. Il faut un projet solide, respectueux des règles, s’entourer de professionnels compétents (ce qui n’est pas évident dans un premier temps). Ne pas croire que venant d’un pays dit « développé » vous allez dominer le marché interne ou externe dès votre installation. Vous allez vite vous rendre compte que deux ans, c'est le temps minimum pour comprendre les principales caractéristiques du pays.
Troisièmement être humble et se faire admettre dans la société brésilienne avec toutes ses caractéristiques, souvent très agréables, mais parfois aussi particulières.
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Conseils hautement judicieux.
Le problème est de les appliquer. Comment savoir que tel ou tel comptable est bon ? Les recommendations ne sont pas toujours fiables au Brésil. Comment recruter des collaborateurs compétents et, surtout, qui vont respecter leurs engagements ?
On peut aussi ajouter qu'il faut se méfier de l'apparente absence de choc culturel, qui prend le gringo mal informé en traître.
http://belganailha.blogspot.com
http://achillecarette.blogspot.com
@AchilleCarette
Votre expérience réussie fait plaisir a voir. Nous essayons de trouver un job au Brésil, nous avons vécu et eut un magasin de bricolage - DIY- 12 ans au Portugal et parlons couramment le français, le portugais et l'anglais. Nous avons envie de changer un peu d'horizons. Mon mari est diplomé en France comme Expert comptable et moi j'ai toujours fait la partie relationnel, fournisseurs, partie administrative, clients et les employés (15).
Alors si quelqu'un a besoin de gens sérieux, travailleurs, dynamiques, contactez nous. A bientot
VALERIE C.