Comment devenir expert comptable au Brésil quand on est Français
Installé depuis huit ans au Brésil, Yann Fromont a créé la filiale d’un cabinet d’expertise comptable et d’audit français dont il est directeur. Sur un marché de cinq cents mille experts comptables brésiliens il n’y a que deux Français à posséder la double casquette d’expert comptable français et brésilien.
Comment êtes-vous arrivé au Brésil ?
En 1999/2000, à la fin de mes études d'expertise comptable j'ai fait ma coopération comme adjoint de l'attaché financier auprès de la Mission économique à Brasilia. J'avais déjà des affinités avec ce pays car une branche de ma famille y avait fait souche dans les années 20.
Fin 2004, après mon stage de fin d'études je cherchais du travail à la fois sur Paris et sur le Brésil. J'ai pris contact avec la Chambre de commerce franco-brésilienne qui m'a mis en relation avec le Groupe Gorioux Faro & Associés. Ils cherchaient un expert comptable pour ouvrir une filiale au Brésil.
Qu'est-ce qui a motivé cette société à investir au Brésil?
Le Groupe Gorioux Faro & Associés est un cabinet d'expertise comptable et d'audit qui a une très forte implantation régionale sur la Bretagne, avec une particularité dans les métiers de l'agrobusiness (agriculture, pêche).
Dès 1998 le Groupe a misé sur le Brésil en suivant, dans des audits d'acquisition, un de ses plus importants client, le Groupe Doux qui venait de racheter la société Frangosul (Porto Alègre).
Comme beaucoup de PME-PMI qui suivent leurs plus gros clients à l'international, ça a été l'occasion pour le Groupe de connaître ce pays et d'apprécier le potentiel de son marché. Accompagné par Bretagne International il décide de s'y implanter fin 2001.
Le Groupe signe d'abord un contrat de sous-traitance avec un cabinet partenaire brésilien car on ne pouvait pas exploiter, en nom propre, les activités d'expertise comptable en raison de la réglementation de la profession. Le contrat prend fin en 2004 à une pèriode où le pays est en plein développement. Le fait de me faire venir à ce moment là correspondait à un besoin de se lancer directement dans le métier en créant une filiale.
Vous avez dû procéder à la revalidation de votre diplôme d'expert comptable français, comment cela s'est-il passé?
Pour s'inscrire à l'ordre des experts comptables du Conselho Régional Contabilidade (CRC) à São Paulo les personnes physiques ou morales doivent être experts comptables.
J'ai d'abord dû faire renouveler mon diplôme auprès des Universités Fédérales. Avant l'étude du dossier j'ai dû passer une épreuve de langue portugaise obligatoire, le CELPE-Bras (l'équivallent du DELF-DALF) à la USP (Universidade de São Paulo).
Ensuite j'ai deposé mon dossier afin qu'il soit étudié. Pour ce il faut une traduction assermentée des diplômes, des programmes et des relevés de notes.
J'ai également passé deux UV, l'un en droit fiscal brésilien et l'autre en droit des sociétés. Le processus a pris quinze mois.
Mi 2006 j'avais enfin mon diplôme d'expertise comptable brésilien (Bacharel em ciências contabeis) qui me donnait le droit d'exercer.
Au Brésil nous ne sommes que 2 Français travaillant en cabinet à avoir la “double casquette”.
Si l'on devait faire valider un diplôme brésilien en France ce serait beaucop plus complexe car d'une part le Bacharel s'acquiert en cinq années contre huit années en France et d'autre part on doit effectuer un stage de trois années qui se finalise par un mémoire et une épreuve de six heures. Ce qui explique une différence de marché très forte entre la France qui compte dix huit mille quatre cents diplômés inscrits à l'Ordre des Experts Comptables contre cinq cent mille au Brésil.
Comment s'est développée votre société au Brésil?
J'ai mis neuf mois pour constituer une équipe brésilienne en expertise comptable avec un effectif de quatre personnes sur le tryptique comptabilité, fiscalité et social (les feuilles de paie). Notre activité a démarré en 2006 à São Paulo.
Aujourd'hui nous avons quatre sociétés et nous disposons de bureaux sur l'emblématique Avenida Paulista, le quartier des banques et de la finance.
Au niveau des effectifs nous sommes passés de 4 à 10 personnes aujourd'hui. Notre chiffre d'affaires a progressé de 35% en 2009 et nous avons un objectif de 40% pour l'année 2010.
Notre activité d'expertise comptable se fait principalement sur São Paulo, celle de l'audit sur tout le territoire. Notre développement naturel se porterait sur Rio de Janeiro où l'on a 1/3 du potentiel des sociétés françaises mais également vers Porto Alègre, Brasilia, Belo Horizonte ou encore le Nordeste qui enregistre une forte croissance à travers les investissements immobiliers et l'agrobusiness.
Comment est réparti votre portefeuille clientèle?
Dans le secteur de l'expertise comptable nous avons une soixantaine de sociétés clientes de taille moyenne (jusqu'à 25 millions de réais de CA annuel – 10,6 millions d'euros).
Nous sommes présents sur la “niche française” soit au travers des filiales de multi-nationales françaises, de PME-PMI françaises, soit au travers de sociétés locales sans maison mère mais avec un actionnariat physique de personnes françaises.
Nous avons quelques exceptions avec des sociétés étrangères qui ont une direction financière francophone ou des sociétés francophones qui recherchent un interlocuteur français. Nos clients, qui sont principalement francophones, recherchent un contact en français pour une remontée d'informations plus simple et plus claire sur les complexités fiscales, juridiques ou administratrives brésiliennes. Notre valeur-ajoutée est une équipe bilingue qui connaît les règles comptables et fiscales brésiliennes et françaises.
Dans le secteur de l'audit nous traitons une dizaine de dossiers dits récurents, de sociétés de taille moyenne à grande en commissariat aux comptes et nous avons 50% de clients d'origine française et 50% de sociétés brésiliennes.
Quelle est votre perception du marché économique et financier brésilien?
Le marché intérieur est très fort avec une consommation croissante en raison de l'émergence d'une nouvelle classe moyenne, dite la classe C (482 à 2081 euros de revenues par mois) qui compte 86,2 millions de Brésiliens (source Ubifrance).
Le secteur industriel du Brésil se développe rapidement ainsi que celui du tertiaire (65,3% du PIB - source Ambassade de France au Brésil). Enfin le pays connait une stabilité économique depuis 1994 et surtout une inflation jugulée. Le PIB est en croissance continue depuis 2002 (4,50% en 2008) et le pays a été moins touché par la dernière crise financière de 2009.
Le marché financier est rémunérateur. Le Livret A brésilien ( Poupança) est rémunéré à 0.60% par mois, net d'impôts, sans plafond, soit environ 7,50% par an. Une taxe IOF de 2% est en vigueur depuis octobre 2009 sur les investissements spéculatifs à court terme. Il y a par conséquent beaucoup d'investissements étrangers qui font des placements au Brésil.
Dans l'agrobusiness, le Brésil est le grenier du monde en soja, éthanol, cane à sucre et production de viande. De par l'étendue de son territoire, le Brésil a encore de très grandes réserves de terres cultivables ce qui est capital pour l'avenir du Brésil et du monde .
Sur le marché de l'expertise comptable/audit on s'attend à une très forte croissance dans les années à venir depuis la nouvelle loi du 1er janvier 2008. Les sociétés brésiliennes dites “de grande taille” (plus de 300 Millions de Réais de chiffre d'affaires – 128 millions d'euros) ont l'obligation de designer un Auditor (commissaire aux comptes). Cette obligation s'applique en France à partir d'un chiffre d'affaires de 2 millions d'euros.
Si le Brésil a fixé un seuil c'est pour l'abaisser à nouveau et rendre obligatoire ce commissariat aux comptes afin de faire évoluer les normes brésiliennes vers les standards internationaux de comptabilité.
Les sociétés françaises sont arrivées par vagues avec notamment les grandes sociétés dans les années 98/99 puis les PME/PMI à partir de 2002 dans les secteurs des services informatiques, de l'agro-business, des telecom, des infrastructures BTP, des transports et plus récemment le pétrole avec le Pré-sal.
Avec la coupe du Monde en 2014 et les Jeux Olympiques de 2016 le phénomène va s'accélérer.
Quels sont vos conseils pour ceux qui souhaitent s'implanter au Brésil?
Pour les investisseurs étrangers (Personne Morale) qui veulent créer une filiale l'investissement est de 200 000 USD (capital social) pour obtenir un visa afin de nommer un Gérant étranger. Pour les sociétés créées par des personnes physiques le coût est de 150 000 Reais.
L'entrée sur le marché brésilien est caractérisé par des démarches juridiques longues d'une durée moyenne de l'ordre de 152 jours pour la constitution d'une filiale.
Les taux d'intérêt sont élevés afin de maintenir une inflation basse et cela signifie que le coût du financement local est élevé. Le découvert bancaire est rémunéré entre 3 à 5% par mois ce qui fait 60% à l'année (contre 8% en France).
L'accès au prêt pour les entreprises coûte entre 1,7 à 2,5% par mois et pour la Personne Physique le taux moyen s'élève à 5,17% mensuels.
Il est donc préférable d'avoir un financement étranger ou le soutien de la maison mère si l'on veut s'implanter au Brésil car les premières années sont difficiles.
Les obligations sociales sont nombreuses et lourdes au Brésil. La charge patronale est assez proche du coût social en France avec un treizième mois obligatoire, des congés payés majorés de 33,33%, une revalorisation automatique du salaire tous les ans. Tout cela créé une inflation rapide du chiffre d”affaires.
Enfin la justice du travail est complexe et souvent en faveur du salarié.
Le marché brésilien est très attractif mais reste complexe pour les sociétés étrangères en raison d'une fiscalité fédérale, régionale et municipale étendue et mouvante. C'est pourquoi il est préférable d'être accompagné sur le plan juridique et fiscal.
Connaître le pays soit à titre professionnel ou personnel est un plus afin de se familiariser avec la culture locale. Enfin il faut avoir à l'esprit que les démarches sont longues et donc savoir être patient et persévérant.
Une fois passées les barrières fiscales et légales, le succès est quasiment garanti à long terme car le Brésil offre une grande sécurité juridique ainsi que la garantie des valeurs démocratiques.
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VALÉRIE3 jours 3 heuresVotre expérience réussie fait plaisir a voir. Nous essayons de trouver un job au Brésil, nous avons... -
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Un bonjour à Yann, avec un excellent reportage sur les difficultés rencontrées lorsque l'on veut monter une affaire au Brésil...ce qui est vrai à SP est faux à RDJ donc il faut être vigilant et s'entourer des meilleurs experts locaux lorsque l'on a un projet d'investissement.
Votre expérience réussie fait plaisir a voir. Nous essayons de trouver un job au Brésil, nous avons vécu et eut un magasin de bricolage - DIY- 12 ans au Portugal et parlons couramment le français, le portugais et l'anglais. Nous avons envie de changer un peu d'horizons. Mon mari est diplomé en France comme Expert comptable et moi j'ai toujours fait la partie relationnel, fournisseurs, partie administrative, clients et les employés (15).
Alors si quelqu'un a besoin de gens sérieux, travailleurs, dynamiques, contactez nous. A bientot