Au Brésil, Dilma part en guerre contre les banques
C’est peut être le plus grand des travaux de Dilma Rousseff : mettre au pas le secteur financier, accusé depuis longtemps de pratiquer des marges abusives. Dans la foulée, le ministre des finances, Guido Mantega, a annoncé qu'il donnait un mois aux banques privées pour réduire leurs taux d'intérêt de 30% à 40%.
A sa manière, la présidente brésilienne n’y est pas allée par quatre chemins et n’a pas hésité à confronter directement les banques. Pour l’instant celles-ci font le dos rond, mais le tour n’est pas joué. Si elle parvient à ses fins, cela se révélera une prouesse qu’aucun de ses prédécesseurs n’a pu réaliser.
Au début, on n’y avait guère prêté attention. Dès sa victoire en octobre 2010, puis lors de son investiture trois mois plus tard, Dilma Rousseff s’était engagée à faire « converger les taux d’intérêt vers la moyenne internationale ».
Un discours au ton jugé presque protocolaire. Avec des accents de mission impossible, dans un pays qui souffre depuis longtemps de taux d’intérêts exorbitants – actuellement de l’ordre de 45% par an pour le crédit consommation, ou de 174% pour les découverts.
Puis à la veille du 1er mai, les téléspectateurs voient Dilma adopter un ton particulièrement agressif : « Il est inadmissible, dit elle à l’occasion de la fête du travail, que le Brésil, qui dispose d’un des systèmes financiers les plus solides et des plus lucratifs au monde, aient toujours les taux d’intérêt qui figurent parmi les plus élevés au monde ». Et Dilma de condamner « la logique perverse » du système financier qui oblige consommateurs à entreprises à se soumettre à des pratiques jugées abusives.
Sus aux « spreads »
Le coût du crédit au Brésil, qui figure parmi les plus élevés au monde, relève de l’histoire de fou.
Flashback : pour dompter l’hyperinflation, le Brésil lance en 1994 une nouvelle monnaie, le Real, accompagné de mesures de stabilisation. Le loyer de l’argent devient très élevé. Les banques, qui perdent une source de revenu facile avec la fin de l’inflation galopante, en rajoutent une bonne couche : le « spread », à savoir la différence entre la valeur à laquelle elle emprunte de l’argent, et celle à laquelle elle prête à ses clients. Or, ces fameuses marges restent extraordinairement élevées au Brésil : 26,5% en moyenne, selon la banque centrale. Du véritable vol à main armé, pour reprendre une expression populaire au Brésil !
Le gouvernement s’impatiente, d’autant plus que les taux de base de la banque centrale ont bel et bien chuté au cours des derniers mois. Les critiques contre les banques se multiplient alors, afin qu’elles réduisent leurs marges.
Placée sur la défensive, la Fédération des banques (Febraban) remet une liste de 20 revendications au ministère des Finances pour réclamer des baisses d’impôt ou autres. Et son président Murilo Portugal d’ajouter, satisfait : « La balle est dans le camp du gouvernement ! », le genre de remarque qui fait bouillir du côté du palais du Planalto.
Autre gaffe : le chef économiste Rubens Sardenberg tente de justifier techniquement la taille des marges bancaires, mais conclut son rapport par une remarque jugée désobligeante. En fait, il s’était simplement inspiré d’un vieux dicton anglais : « You can lead a horse to water but you can’t make him drink », ce qui signifie que l’on peut bien montrer aux gens comment il faut faire les choses, mais on ne peut pas les y obliger. Pas très spirituel, selon Dilma…
Officiellement, la Febraban se rétracte. Le gouvernment utilise alors les grandes banques publiques, Banco do Brasil et Caixa Econômico Federal, pour tenter de forcer la baisse des taux en faisant jouer la concurrence. Depuis, plusieurs grandes banques ont annoncé une baisse de leurs taux d’intérêt – même si dans le même temps, certaines n’ont pas hésité à relever leurs tarifs bancaires.
Bras de fer
En tout cas, le bras de fer est engagé. Une partie dont il est bien difficile de prévoir l’issue. En tout cas, la banque centrale doit continuer à baisser ses taux de base. Mais les banques estiment que leur marge de manoeuvre est limitée par la montée des impayés. De son côté le gouvernement affirme désormais ouvertement que leurs marges sont (trop) confortables.
Si cela marche, ce sera un si joli coup que cela deviendra sans doute la marque de Dilma. La mesure qui va marquer son premier mandat, comme le plan Real avait collé à la peau de Fernando Henrique Cardoso dans les années 90. Et qui pourrait lui permettre de déblayer le terrain en vue d’une éventuelle réélection.
En revanche, si la mesure dérape et prend des accents populistes, ce bras de fer peut se retourner à terme contre le consommateur lui-même. Sans compter les éventuelles retombées négatives en matière de financement des campagnes électorales pour le parti de Dilma.
Mais pour l’instant, une écrasante majorité de la population brésilienne, lassée de payer des taux d’intérêt parfois qualifiés de « pornographiques », soutient cette offensive contre les banques.
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Je pense qu'il s'agit d'une bonne initiative. Reste à savoir si le gouvernement a le pouvoir réel d'influencer sur cette question. Par contre, c'est l'occasion pour les analystes de la banque centrale brésilienne qui sont en train de se réunir aujourd'hui (30 mai) dans le Copom (Comité de Politique monétaire de la banque centrale) d'être sensibles à cette demande et réduire le taux d'intérêt Selic.
Iure